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Communiqué de presse de la Sécurité Routière

Fiche 1 : La somnolence au volant

Rosny-sous-Bois, le 28 juin 2007

Outre les consignes de sécurité pour bien préparer son départ en vacances, la Sécurité routière alerte sur un risque peu connu qui affecte la vigilance du conducteur : la somnolence, à bien distinguer de la fatigue :

  • la somnolence, c'est la difficulté à rester éveillé, avec le risque de l'endormissement ;
  • la fatigue, c'est la difficulté à maintenir une tâche correctement et en particulier, à rester concentré au volant.



La somnolence, un facteur de risque bien réel

La somnolence est à l'origine d'un accident mortel sur trois sur autoroute. Des études épidémiologiques internationales ont constaté que ce facteur pouvait entraîner des comportements similaires aux effets de l'alcool au volant.

Bon à savoir : 17 heures de veille active équivalent à 0,5 g d'alcool dans le sang...


La solution : s'arrêter dès les premiers signes et dormir pendant 20 minutes

La dette de sommeil accroît les risques d'accident : on a 3 fois plus de risque d'avoir un accident si l'on a moins de 5 heures de sommeil dans la nuit qui précède, selon le professeur Pierre Philip de la Clinique du sommeil au CHU de Bordeaux. Contre les effets de la somnolence, la Sécurité routière donne un conseil simple aux conducteurs : faîtes un somme de 20 minutes ; il restaure vos performances de façon satisfaisante.


Fatigue et somnolence peuvent se cumuler

Fatigue et somnolence surviennent le plus souvent de nuit, quand les effets de la dette de sommeil se font sentir. La concentration du conducteur doit donc être permanente et totale sur tous les trajets. Il faut donc être attentif aux premiers signes de la somnolence (bâillement, lourdeur des paupières) et à ceux de la fatigue (picotements des yeux, raideurs dans la nuque, douleurs dans le dos, ...).

CONSEILS POUR LUTTER CONTRE LES RISQUES DE SOMNOLENCE ET DE FATIGUE AU VOLANT

  • Respecter les temps de pause et éviter de conduire plus de 6 à 8 heures par 24 heures. Une pause d'une durée de 15 à 20 minutes toutes les 2 heures au minimum s'impose.
  • Eviter de conduire les heures où le risque de somnolence augmente sensiblement, soit entre 13 h et 16 h, et entre 2 h et 5 h.
  • Respecter les limitations de vitesse, c'est prendre moins de risques mais aussi moins se fatiguer. En effet, une conduite rapide oblige le conducteur à traiter un plus grand nombre d'informations en un minimum de temps et à adapter en permanence sa vision.
  • Appliquer le principe de la « sieste dynamisante » pour récupérer rapidement : prendre un ou deux cafés avant de faire une courte sieste. La caféine mettant 15 à 30 minutes avant d'agir, son absorption ne gêne pas l'endormissement et permet de recouvrer l'ensemble de ses capacités au réveil (pas d'inertie du sommeil).



Somnolence et risque d'accident
par le professeur Philip
Clinique du Sommeil - CHU de Bordeaux



Des données collectées, en France et à l'étranger, au cours des dix dernières années montrent clairement le risque attribuable à la somnolence excessive.

La somnolence est l'incapacité à se maintenir éveillé. Elle se caractérise par un changement d'état de conscience (passage de la veille au sommeil) et peut avoir des conséquences comportementales sévères. Entre 10 et 20 % des accidents de la circulation sont ainsi attribués à une somnolence lors de la conduite automobile3. Si un assoupissement peut intervenir de façon physiologique en période post-prandiale, il est strictement anormal de s'endormir lors d'épisodes de conduite automobile.

Le niveau d'éveil de l'humain est régi par trois systèmes majeurs : le processus homéostasique (pression du sommeil), le processus circadien et les systèmes d'éveils. Le processus homéostasique varie en fonction de la durée de veille, il augmente progressivement au cours de la journée et décroît rapidement lors du sommeil. Le processus circadien dépend des horloges biologiques et évolue, comme son nom l'indique, sur une période proche de 24 heures4. Les systèmes d'éveils dépendent de neurotransmetteurs (noradrénaline, adrénaline, histamine, orexine...) qui sont libérés au cours de la veille afin de combattre la pression homéostasique croissante.

Les principales sources de la somnolence et les risques vis-à-vis de la conduite.

  • La somnolence comportementale

    Les études issues de la chronobiologie ont montré, d'une part, que les rythmes internes peuvent conduire à des déficits des processus cognitifs lors de certaines périodes de la journée. Ces creux circadiens (le pic principal se situe entre 03h00 et 05h00), en altérant la vigilance et l'attention sélective, ont pour effet de diminuer la précision et la vitesse de traitement de l'information. D'autre part, le prolongement de la veille, en augmentant la pression homéostasique, agit aussi sur la vigilance et l'attention en les dégradant. Le risque d'erreur dans l'exécution d'une activité, comme la conduite automobile, augmente alors.
    Les différentes analyses des données de l'accidentologie ont confirmé l'existence de périodes nocturnes de surexposition au risque accidentel entre 02h00 et 05h00, ou lors d'un éveil prolongé5. Une durée de sommeil inférieure à cinq heures multiplie par trois le risque accidentel. La somnolence comportementale affecte en priorité les jeunes, d'une part du fait d'une exposition importante à la conduite nocturne, mais aussi à cause d'une plus grande vulnérabilité que les sujets matures au manque de sommeil. Le café ou la sieste font partie des contre-mesures efficaces pour lutter contre la somnolence au volant6. Cependant, la variabilité interindividuelle des réponses à ces contre-mesures est importante, et il convient donc à chaque individu de connaître ses propres réactions vis-à-vis de la prise de sommeil ou de la consommation de caféine.
  • La somnolence organique

    Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil est la pathologie responsable de somnolence diurne la plus fréquente (5 % dans la population générale, 20 % parmi les chauffeurs professionnels). Les patients atteints de ce trouble présentent plus de risque d'accident que les conducteurs vierges de désordres respiratoires7. Le risque accidentel chez les malades apnéiques est fortement réduit par les traitements ventilatoires nocturnes (pression positive continue/PPC) ou la chirurgie (uvulopharyngopalatoplastie). Les malades apnéiques traités peuvent reconduire si le traitement a supprimé les accès de somnolence au volant.
    Pour les autres pathologies de l'éveil, telles que la narcolepsie ou l'hypersomnie, le risque accidentel existe, mais les études sont moins nombreuses et l'efficacité thérapeutique n'est pas encore démontrée sur le risque accidentel.
    Devant ce risque accidentel, un nouvel arrêté, réglementant l'aptitude médicale à la conduite, a été publié au journal officiel le 28 décembre 2005. Il est stipulé que la somnolence est une contre-indication à la conduite automobile et que les conducteurs professionnels doivent être évalués grâce à un test de maintien de l'éveil pour confirmer l'efficacité thérapeutique avant la reprise de la conduite.
  • La somnolence iatrogène

    Selon des données britanniques, il ressort que 6 à 8 % des accidents de la circulation seraient attribuables à la consommation de drogues psychotropes. Les antihistaminiques, les benzodiazépines, les antipsychotiques et les antidépresseurs sont principalement incriminés à la fois à cause de la fréquence de leur prescription et, d'autre part, à cause de leur action sédative induisant une somnolence au volant. L'ICADTS (International Council on Alcohol, Drugs & Traffic Safety) a publié une liste de substances médicamenteuses potentiellement dangereuses pour la conduite, l'Afssaps a établi une nouvelle classification du risque médicamenteux basée sur des pictogrammes de couleurs variables pour identifier le risque attribuable aux médicaments.



La conduite automobile, comme la plupart des activités humaines, est affectée par la somnolence ; dans une société qui tend à fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le risque est croissant. Les solutions existent : une meilleure hygiène de sommeil, la sieste, les substances éveillantes ou les traitements pour les pathologies du sommeil. Cependant, la recherche doit continuer à explorer de nouvelles contre-mesures, ainsi que les déterminants de la vulnérabilité à la somnolence, afin d'identifier les conducteurs les plus à risque de s'endormir au volant.


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